Grèce. Les migrant·e·s soumis à la torture, sur ordre «d’en haut»

grece_0Par Hot Doc

Au moment où le gouvernement grec vote, avec une majorité de 152 voix sur 300, une loi impliquant l’expulsion de nombreux propriétaires endettés de leur maison ou appartement – ou comme le dit un journaliste: «si vous êtes chômeur ou retraité avec une retraite de rien du tout et que vous ne pouvez payer les nouveaux impôts sur la propriété décidés par le ministre des Finances, Stournaras, et la Troïka, vous n’avez qu’à chercher un parc dans le voisinage, pour y loger» la politique concrète du gouvernement face aux migrant·e·s est exposée au grand jour par l’hebdomadaire Hot Doc. En voici un résumé. C’est une facette, la plus insupportable, de la politique dite d’austérité appliquée par le gouvernement qui va présider l’Union européenne depuis le 1er janvier 2014. (Réd. A l’Encontre)

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Des gens torturés par des policiers cagoulés, des adolescents violés avec des matraques, des réfugiés avec des nourrissons dans les bras qui se noient en mer, les projecteurs des navires braqués sur eux, histoire de profiter du «spectacle». Tout cela serait la définition de la «sécurité moderne». Il ne s’agirait pas de décisions individuelles de quelques personnes qui servent dans les forces armées, mais des ordres du pouvoir politique. Le dernier numéro de l’hebdomadaire Hot Doc dévoile les propos du chef de la police qui aurait ordonné de «rendre la vie insupportable» aux migrants. Amnesty International demande une enquête.

Le document, disponible dans Hot Doc (une version audio est aussi disponible), révèle que la torture, dénoncée par les immigrant·e·s et niée par le ministre Nikos Dendias, ministre de l’Ordre public et de la Portection des citoyens (sic), est non seulement une réalité, mais serait en plus le résultat d’un ordre qui viendrait de très haut.

Ces ordres venus d’en haut confirment sans le vouloir – étant ignorant des révélations de Hot Doc – ce que des réfugiés tout récemment arrivés en Grèce – qui ont été photographiés et qui s’expriment dans Hot Doc – affirment au sujet de la violence qu’ils subissent depuis leur arrivée en Grèce. «Une Grèce dure, qui viole constamment les droits de l’Homme les plus élémentaires, sans égard pour les conventions internationales que la Grèce elle-même a signées», précise le magazine de Kostas Vaxevanis, qui a lancé en avril 2012 Hot Doc.

Kostas Vaxevanis de «Hot Doc»
Kostas Vaxevanis de «Hot Doc»

Hot Doc rajoute: «Les yeux noircis par la douleur et la colère, ils racontent leur voyage vers la liberté et décrivent, minute par minute, la cruauté des autorités, dénonçant les vols, les coups et même les viols.»

En réaction à ce 42e numéro de Hot Doc, Amnesty International demande une enquête et rappelle que, selon Hot Doc, le chef de la police aurait dit [voir transcription par Hot Doc en fin d’article]: «Si on me dit que je peux aller dans un pays…, et serais détenu pendant trois mois, puis serais libre pour voler et dérober, de faire ce que je veux… c’est super. Nous nous sommes efforcés d’accroître les périodes de détention.… nous les avons augmentées à dix-huit mois… pour quoi faire? Nous devons leur rendre la vie insupportable…»

«Si elles sont exactes, les déclarations profondément choquantes attribuées au chef de la police grecque exposeraient un mépris délibéré pour les droits et le bien-être des réfugiés et des migrants cherchant un abri et une issue dans l’Union européenne», a déclaré John Dalhuisen, directeur d’Amnesty International pour l’Europe et l’Asie centrale.

«Les autorités grecques doivent établir si ces remarques ont été faites et prendre les mesures appropriées pour s’assurer que les responsables de l’application de la loi grecque respectent la loi et protègent les droits des migrants.»

«Dans un contexte où la police grecque a de plus en plus été scrutée pour ses liens présumés avec le parti d’extrême droite Aube dorée, ces propos rapportés du plus haut responsable de l’application de la loi de la Grèce ne peuvent pas être balayés sous le tapis. La confiance dans l’intégrité de la police grecque exige une enquête approfondie et indépendante sur l’authenticité de ces remarques.» (Résumé de Hot Doc effectué par Okeannews)

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Transcription fournie par le site de Hot Doc

«Si ces gens-là sont mis en liberté… ça veut dire… il se dit «je vais aller en Grèce… trois mois on me gardera dans un centre»… et puis… de là… on peut sortir… donc… moi aussi, si on me disait «vas dans un pays et tu resteras trois mois là-bas parce que, dans ton pays, tu es misérable, et tu resteras trois mois ‘au frais’ et, puis, tu seras libre, de voler, de commettre des hold-up, de faire n’importe quoi… » …c’est génial !…ça, nous l’avons poursuivi, pour la détention prolongée… parce que ce n’est pas justifié pour plus de trois mois… c’était à neuf mois… maintenant on l’a fait passer à dix-huit… il faut leur rendre la vie impossible! …c’est-à-dire… que l’autre sache que… quand il arrive dans ce pays et est détenu… il ne sortira pas! …mais aussi, que celui qui est dedans (détenu)… nous donne ses renseignements… d’où il vient… qu’il soit identifié pour retourner… et non pas qu’après trois mois il sorte… sinon, on ne fait rien… on est le meilleur pays pour attirer les migrants clandestins!!»

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